Jumat, 07 Februari 2020

GOMMES ET VOYEUR

Category: Livres,Romans et littérature,Livres de référence

GOMMES ET VOYEUR Details

Alain Robbe-Grillet délaisse au début des années cinquante une prometteuse carrière d'ingénieur agronome pour entrer en littérature. Les Éditions de Minuit publient Les Gommes en 1953 et Le Voyeur en 1955. La critique entérine alors la naissance d'unstyle nouveau. L'attribution du Prix des Critiques au Voyeur, venant après le discret Prix Fénéon obtenu par Les Gommes, est l'occasion d'une virulente bataille, au c?ur de laquelle se trouve non seulement la définition de la littérature, mais aussi de la critique, désarçonnée par une ?uvre problématique.Le dossier de presse de ces deux livres, réunissant les signatures de Roland Barthes, alors débutant, Maurice Blanchot, Jean Cayrol ou encore François Mauriac, permet d'assister à la naissance d'un auteur. On y perçoit combien la stratégie éditoriale d'Alain Robbe-Grillet et de son éditeur Jérôme Lindon a permis que des malentendus inauguraux nourrissent l'?uvre et préparent l'image de Robbe-Grillet en " Pape du Nouveau Roman ". La place inconfortable qui lui est ici faite ouvre une leçon magistrale : le personnage public de l'auteur s'y révèle l'arme privilégiée d'une littérature qui sort du rang.

Reviews

Cet ouvrage est le recueil d'un grand nombre d'articles réunis et présentés par Emmanuelle Lambert, un ensemble de textes, donc, écrits par d'éminents critiques à la réception des deux premières oeuvres d'Alain Robbe-Grillet intitulées Les gommes et Le voyeur, respectivement publiées à deux ans d'intervalle, la première en 1953 et la seconde en 1955. Dans sa présentation, Emmanuelle Lambert qualifie Robbe-Grillet d'écrivain aimant la littérature, « et par littérature, précise-t-elle, nous désignons ici un vaste ensemble comprenant la production littéraire dans son travail (celui de la langue), son histoire (avec ses mouvements et ses héritages), ses objets (les livres eux-mêmes) et son champ propre (incluant la sphère de la réception, la commercialisation des livres et leur rapport à la critique). » C'est de fait ce dernier point, à savoir le champ de la réception, qui semble intéresser Emmanuelle Lambert au premier chef puisqu'il constitue l'objectif majeur du présent ouvrage et de tout dossier de presse en général.Le lecteur est invité à comparer, à apprécier, les différentes analyses qui furent proposées en leur temps dans divers journaux, magazines ou revues lors de la parution des oeuvres de Robbe-Grillet et à se forger ainsi plus justement sa propre opinion au regard des lectures qu'il aura faites de celles-ci. On pourra à cet égard retenir deux extraits d'un auteur faisant autorité, Roland Barthes, qui s'inscrivent dans le contexte d'un essai proposant une explication du terme, ou concept, de « littérature objective » en s'appuyant sur les deux oeuvres de Robbe-Grillet. S'agissant du roman Les gommes, Barthes dit que : « L'écriture de Robbe-Grillet est sans alibi, sans épaisseur et sans profondeur : elle reste à la surface de l'objet et la parcourt également, sans privilégier telle ou telle de ses qualités : c'est donc le contraire même d'une écriture poétique [...] L'objet de Robbe-Grillet n'a ni fonction, ni substance. Ou plus exactement, l'une et l'autre sont absorbées par la nature optique de l'objet. » Quant à l'aspect structural du récit dans Le voyeur, Barthes considère que : « l'anecdote apparaît désocialisée et démoralisée, suspendue à fleur des objets, figée dans un impossible mouvement vers sa propre abolition, le projet de Robbe-Grillet étant toujours que l'univers romanesque tienne enfin par ses seuls objets. Comme dans ces exercices périlleux, où l'équilibriste se débarrasse progressivement des points d'appui parasites, la fable est donc peu à peu réduite, raréfiée. »

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